La stratégie multisectorielle mobilise les efforts
des secteurs de la santé, de léducation,
de laide sociale, de lagriculture et du développement
rural, des transports, de lindustrie et de la défense.
Salama
a pris plusieurs initiatives dans le district de Ribaue,
notamment la formation de bénévoles féminines
et de sages-femmes traditionnelles dans les villages isolés,
afin de sensibiliser la population à la santé
communautaire et aux soins liés à la fonction
reproductrice.
Lorganisation
a récemment réuni 50 de ces bénévoles
dispersées dans tout le district, qui semblent faire
dimportants progrès dans leur campagne visant
à diffuser les messages de lutte contre le sida.
Le projet actuellement en cours dans Ribaue sattaque
au taux élevé de morbidité et de mortalité
infantiles et maternelles qui résultent de labsence
de contrôle des naissances, des complications à
la naissance, de la diarrhée, des parasites, des
infections respiratoires, de la malnutrition, du paludisme
et des MTS, du VIH et du sida.
Micael
Sale, directrice générale de Salama, déclare
que plusieurs méthodes ont été utilisées
pour diffuser le message auprès des collectivités.
« Nous avons fait appel au théâtre, à
des tableaux et à des brochures dans la plupart de
nos activités. Ce nest pas facile, mais les
gens finissent par comprendre », dit-elle.
Selon
madame Sale, miser sur la compréhension de ce que
sont les maladies transmises sexuellement est une approche
viable. « La gonorrhée et la syphilis sont
les MTS les plus courantes ici et nos actions sinscrivent
dans cette réalité », explique-t-elle.
Un
militant faisant campagne contre le sida et travaillant
avec Salama à Cunle affirme que la tâche était
difficile au début mais que les gens sont aujourdhui
plus intéressés.
«
La sensibilisation au sida est vraiment importante pour
les gens dici bien que les circonstances qui entraînent
la maladie ne soient pas très claires », déclare
une militante. « Les tabous et autres facteurs liés
à la tradition constituent toujours un frein, mais
avec le temps, nous réussirons à aplanir ces
difficultés. Ils viennent à nous en secret
pour demander des préservatifs et de linformation
sur les MTS et le sida. »
La
population rurale a commencé à réagir
de manière positive à la possibilité
de prévenir plusieurs autres infections et de réduire
les effets de celles qui existent déjà.
Les
villageois de la localité de Mape ont entrepris des
activités centrées sur linformation,
la sensibilisation et la promotion de lutilisation
des préservatifs. Pour le secrétaire du village,
Jorge Laumuriua, lattention accordée aux groupes
vulnérables, soit les jeunes sexuellement actifs,
les commerçants itinérants et les prostituées,
constitue un avantage.
«
Pour nous, le sida est extrêmement effrayant. Nous
en avons entendu parler à la radio, bien quaucun
dentre nous nait jamais vu dans cette région
une personne infectée ou mourante », explique-t-il.
« Mais cela ne nous empêche pas dinsister
pour que les gens préviennent la transmission du
virus en sabstenant complètement », ajoute-t-il.
Selon
Jorge Iamuriua, les taux élevés danalphabétisme
et de pauvreté, les budgets restreints, le manque
de communication, de transport et de main-duvre
compétente font quil est difficile de mettre
en uvre des initiatives de prévention efficaces
pour faire face aux cas actuels et futurs dinfection
par le VIH.
«
Nous comptons sur Salama », explique M. Iaumuriua.
« Nous faisons des progrès considérables
dans nos efforts pour vaincre les tabous. Les gens connaissent
lexistence du sida et sont extrêmement inquiets,
mais ne peuvent en parler ouvertement. Nous sommes très
heureux lorsque nos jeunes, bien quencore peu nombreux,
collent à la radio dès que lon diffuse
une émission sur le sida. Cest un pas en avant.
»
Dans
de nombreuses collectivités, il est difficile pour
les femmes de se protéger, étant donné
leur condition inférieure. Plusieurs se marient prématurément.
Belinha
Jorge, une jeune fille de 16 ans qui a quitté lécole
et qui a deux enfants, déclare ne pas utiliser de
préservatif mais aimerait se protéger contre
la contamination par le sida. « Jai déjà
vu un préservatif, mais chaque fois, je pensais que
cétait un ballon. Je lai donné
à mon fils pour quil joue avec », raconte-t-elle.
Sa
voisine enthousiaste, Almelia Joao, une mère monoparentale
de 25 ans, loue les activités de lutte contre le
sida lancées par Salama. « Oui, je savais ce
quétait le sida avant que Salama ne travaille
ici », confie-t-elle. « Javais des rapports
sexuels non protégés avec divers partenaires,
mais jai appris à men tenir à
un partenaire et à utiliser un préservatif
pour les rapports occasionnels. »
Un
autre notable de Cunle, Daniel Janeque, partage cette opinion.
Il affirme que les campagnes massives de lutte contre le
sida sont en train de modifier les comportements sexuels.
Par
un après-midi chaud et humide, Daniel Janeque a rencontré
le reporter de Reuters dans un bar local installé
sous un arbre où une vieille femme vendait du kachasu,
une boisson traditionnelle concoctée avec de la semoule
de maïs, des engrais et de lacide sulfurique.
« Nous en parlons tout en prenant un verre »,
déclare M. Janeque, « car cest lendroit
où on peut parler le plus librement. Nous distribuons
aussi des préservatifs et encourageons les gens à
sen servir. Cest notre contribution aux efforts
du gouvernement et des ONG en vue de répandre le
message et de briser le silence. »
«
Les femmes et les hommes se réunissent toujours ici.
Nous facilitons et simplifions les messages que diffusent
ces ONG au moyen des brochures », ajoute-t-il.
Le
gouvernement estime quentre 600 et 700 personnes sont
infectées chaque jour par le VIH au Mozambique. Plus
de 70 pour cent dentre elles sont des adultes économiquement
actifs âgés de plus de 20 ans. Vingt pour cent
(20 %) sont de enfants de moins de quatre ans qui ont été
infectés par leur mère. On pense quau
moins deux millions de personnes vivent avec le sida.
Le
gouvernement craint que le développement des corridors
de Nacala et de Maputo, ainsi que dautres grands projets
économiques, ne favorisent la pandémie. Leffritement
de la vie familiale et communautaire engendrée par
la guerre brutale qui a relégué le Mozambique
au rang du pays le plus pauvre au monde et a entraîné
le déplacement massif des populations ainsi que lafflux
de travailleurs migrants pourrait également y contribuer.
Comme
les camions qui vont bruyamment dune ville à
lautre, Salama porte son message, encourageant les
gens à parler - parler à leurs voisins, dans
leurs foyers, en faisant la queue pour aller chercher leau
au puits ou en prenant un verre dans un bar. Et cela semble
donner des résultats. En Amérique du Nord,
laccès à la télévision
assure la transmission du message à une très
grande échelle. En Afrique rurale, les gens parlent.
Comprendre limportance de ce moyen de communication
simple et traditionnel est une façon dassurer
la poursuite de la bataille contre le sida.
Cet
article a été rédigé dans le
cadre dun effort collectif déployé par
CARE Canada, COCAMO (Coopération Canada Mozambique),
CISD (Coalition interagence sida et développement)
et PAC (Partenariat Afrique Canada) pour souligner la Journée
mondiale du sida